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Fonction Publique RDC

Au sens classique, l’État providence pourvoit à ses sujets des biens et services pour améliorer leur confort matériel et moral. Cette nouvelle mission met l’Administration Publique au centre du jeu. A travers l’un de ses bras importants, la Fonction publique, l’État devient le premier employeur de son espace politique.

La RDC n’a pas dérogé à ce principe : comme tout pays colonisé, l’Administration publique coloniale a été l’unique grand machin qui a quadrillé tout l’espace congolais. Les colons ont assujetti les chefs traditionnels en leur donnant le statut de « fonctionnaires » de l’État.

Les collaborateurs indigènes qu’elle voulait trouver parmi les chefs traditionnels devaient être des personnes acquises à sa cause de façon à tenir la population en laisse pour lui faire exécuter avec empressement les ordres de la hiérarchie.

Il se construit une Fonction publique simple, hiérarchisée, contrôlée et bien maîtrisée avec pour seule mission d’asseoir la domination coloniale. Le Congo-Belge sera qualifiée de « modèle » des colonies.

Le départ massif des Blancs en 1960 va provoquer un flux massif des citoyens vers la Fonction publique. Tout congolais de l’époque veut faire le « Mundele-Ndombe » (Bureaucrate).

Pour asseoir la matérialisation du présent article, le plan suivant sera mis en exergue :

  • Contexte de création de la Fonction Publique ;
  • La Fonction Publique sous la 2e République ;
  • La Fonction Publique sous la 3e République.
1 Contexte de création de la Fonction Publique

Poursuivant l’organisation institutionnelle et administrative mise en place par l’AIC et l’ÉIC repose sur une « double direction » sise à Bruxelles et à Vivi puis Boma. Neuf mois après la proclamation d’indépendance de l’État congolais, Camille Janssens succédant à Francis de Winton décide le transfert du siège de l’administration centrale du Gouvernement local de Vivi à Boma, un ancien centre de la « traite négrière » atlantique et surtout la plus importante station existant sur le territoire congolais.

Le Gouvernement local est structuré au niveau central par un premier décret royal du 17 avril 1887. Au sein d’une « structure très rudimentaire », les premières directions et leurs attributions respectives se mettent en place parallèlement à la désignation des premiers directeurs en juin 1886. Il faudra attendre l’année 1894 pour que tous les rouages de l’administration centrale ainsi que les attributions soient précisés. En effet, les décrets des 16 avril 1887, 22 juin 1889 et 28 février 1890 rassemblés au mois d’octobre 1894 jettent les bases légales de l’organisation de l’administration.

La haute fonction de l’administration centrale comprend l’inspecteur d’État chargé de l’intérim du Gouvernement local, le directeur de l’Agriculture, le directeur des Finances, le commandant de la Force publique, l’intendant, le directeur de la Justice, le procureur d’État, le secrétaire général, un « secrétaire général à titre personnel », le directeur des Transports et enfin le directeur des Travaux de Défense.

L’organigramme de l’administration centrale du Gouvernement local comprend donc un secrétariat général et sept directions à savoir, une direction de la Justice, une direction des Transports, de la Marine et des Travaux publics, une direction de l’Intendance, une direction de l’Agriculture et de l’Industrie, une direction des Travaux de Défense, une direction de la Force publique, une direction des Finances. Parallèlement à la mise en place progressive de l’administration centrale à Boma, le quadrillage de l’immense territoire est entrepris au sein d’une administration territoriale inspirée des modèles de domination coloniale britannique ou batave.

Par un décret du 1er août 1888 qui sera modifié par celui du 10 octobre 1894, le Gouvernement local est divisé en onze districts à savoir Banana, Boma, Matadi, Cataractes, Stanley-Pool, Kasaï, Équateur, Ubangi-Uélé, Aruwimi-Uélé, Stanley-Falls, Lualaba. Ceux-ci constitueront « l’unité administrative de base de l’État ». Le nombre de districts de taille inégale sera modifié par la suite au fur et à mesure de l’occupation effective du territoire et de l’augmentation des effectifs de l’administration territoriale. Certains districts seront divisés en zones puis en secteurs.

Ces subdivisions constituent en elles-mêmes la Fonction Publique car animées par des agents publics même s’il y avait de fortes inégalités de traitement ainsi que de considération où les noirs n’étaient pas pris avec dignité humaine alors que se sont eux, qui ont fait et amené tout ce qu’il fallait pour asseoir l’EIC et ensuite la colonie et voir même le développement de la Belgique.

2 La Fonction Publique sous la 1ère et 2e République

Les inégalités, injustices couplées au racisme du blanc à l’égard du congolais n’a pas tardé à créer des contestations inédites dans tout le pays qui aboutiront au départ des colons belges. Le jeune courageux et consciencieux Emery Patrice LUMUMBA, a joint sa voix à celles d’autres panafricanistes comme Jomo KENYATA, Julius NYERERE, KWAME N’KROUMAH, SEKOU TOURE, … qui ne voulaient plus de l’homme blanc sur le continent ; pour exiger l’indépendance de son pays le Congo.

C’est pourquoi, le 30 juin 1960 à la table ronde de Bruxelles, le roi Baudouin 1er proclama l’indépendance du Congo malgré lui car pour la Belgique, il fallait attendre 30 ans plus tard pour octroyer au Congo son Indépendance. Certes, si la colonisation n’était pas fondée sur des pratiques inhumaines et dégradantes (les fouets, mutilations, chosification du nègre) et les pillages systématiques des richesses du continent, les blancs seraient encore jusqu’aujourd’hui en Afrique sans aucun problème, surtout que nous sommes tous des humains. La proclamation de l’indépendance du Congo rendait de facto et de jure la gestion de la chose publique à ses propriétaires : aux congolais.

Malheureusement, Mr. LUMUMBA devenant le tout premier Premier Ministre du pays et Mr. KASAVUBU comme Président de la République, tous deux de l’ABAKO, par ivresse du lait, ils ne tarderont à se faire la guerre qui se termina par l’assassinat de Mr. LUMUMBA le 17 janvier 1961 et au coup d’État de 1965 de Mr. MOBUTU contre le pouvoir de Mr. KASAVUBU mettant ainsi fin à la 1ère République.

Sous la deuxième République, Mr. MOBUTU adopta le monopartisme comme mode de gestion du pays et instaurant la dictature où pour devenir fonctionnaire de l’État, il faut être impérativement membre du Mouvement Populaire pour la Révolution « MPR ». Toutefois, MOBUTU réussira à résoudre le problème d’insurrection, de cessession, de groupes armés qui avait élu domicile au pays sous la 1ère République en pacifiant et en unifiant toute l’étendue du territoire national. En 1980 par ordonnance présidentielle N° 80-215 du 28 août 1980 le département de la Fonction Publique est créé.

3 La Fonction Publique sous la 3e République à nos jours

La mise sur pied du Département de la Fonction Publique en 1981 n’a pas apporté le salut du peuple car le régime avait hissé la corruption, le clientélisme et d’autres antivaleurs au sommet de l’État qu’en 1991, la Conférence Nationale Souveraine sera convoquée par MOBUTU pour recueillir les avis et considérations de l’élite intellectuelle zaïroise quant à l’avenir du pays et l’élaboration des politiques publiques adéquates devant promouvoir l’émergence et le développement du pays.

Les conclusions de la conférence n’ayant pas été mises en application par le pouvoir en place conduira l’AFDL à commencer une guerre de renversement du pouvoir mobutiste, ce qui fut réalité dès le 17 mai 1997, date marquant la prise de pouvoir par Laurent Désiré KABILA.

A quelques mois de pouvoir, il est accusé par ses alliés de mégestion, autoritarisme que le pays va sombrer dans plusieurs rebellions dont le RCD, MLC, Maï Maï, … Le 16 janvier 2001, le président est assassiné laissant la place à son fils Joseph KABILA KABANGE. Ce dernier a des défis à relever d’une part la réunification du pays, le redressement de la Fonction Publique, l’intégrité du pays et d’autres part le développement du pays.

De ce qui précède nous pouvons alors comprendre le sort de la Fonction Publique où le clientélisme, corruption, retro commission, inégalité et le sous paiement des agents durant ces 18 ans. Néanmoins, malgré ces antivaleurs qui ont subsisté durant son mandat, nous notons tout de même quelques réalisations liées à la Fonctions Publique dont le début de la réforme administrative amorcée depuis 2004, la création de l’École Nationale d’Administration « ENA » qui a déjà formé plus 650 Administrateurs Civils, la mise à la retraite des agents remplissant les critères légaux, mise sur pied du statut des agents de carrière du service public de l’État, Projet de Réforme et de Rajeunissement de l’Administration Publique « PRRAP » et de la Cellule de Mise en Œuvre de la Réforme de l’Administration Publique « CMRAP ».

En plus, la passation pacifique de pouvoir en 2018 qui a vu Son Excellence Monsieur Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO devenir Président de la République bien qu’entourée de beaucoup des défis à relever est, néanmoins, une immense opportunité pour la Fonction Publique par la création de l’Union Sacrée de la Nation.

Sous cette dernière, Son Excellence Monsieur le Vice Premier Ministre, Ministre de la Fonction Publique, Modernisation de l’Administration et Innovation du Service Public, j’ai cité Jean Pierre LIHAU EBUA s’emploie à implémenter la vision du Chef de l’Etat dans son secteur par la mise à la retraite effective de plus de 10 000 agents sur 30 000 à retraiter d’ici fin 2023, la rationalisation du fichier paie, la titularisation des agents, la poursuite du programme JPO et standardistes, la résolution des problèmes des nouvelles unités, la promotion des agent y éligibles, la maitrise des effectifs, la réhabilitation du bâtiment de la fonction publique, l’acquisition de deux bus de transport des agents pour faciliter leur mobilité, l’utilisation d’énarques comme conseillers à son Cabinet, l’entretien social chaque mercredi où Mr. Le VPM reçoit les agents de n’importe quelle Administration qui ont le problème nécessitant l’implication de Son Excellence Monsieur le VPM.

Bref, la Fonction Publique avec la volonté politique en place est entrain de mieux se transformer en une Administration compétitive, émergente, juste et moderne. L’avancée qui s’observe actuellement dans le processus de réforme de l’Administration Publique RD Congolaise est une résultante des partenariats de cette dernière avec la Banque Mondiale, l’Agence Belge de Développement « ENABEL » ainsi que des institutions françaises qui ont accepté d’accompagner la RDC dans cet élan de modernisation de son service public par la mise en place d’une Administration Publique numérisée, rajeunie, efficace et efficiente.